Originaire du Mali, Ladji Diallo est né en Seine et Marne. Il a 31 ans. De confession musulmane, le parcours de Ladji est surtout celui d’une construction vers une paix intérieure, un cheminement vers la foi en Dieu et en l’Homme grâce à une rencontre : le Père Joseph.
Comme de nombreux jeunes issus de la banlieue, le parcours de Ladji est alambiqué. Ne se reconnaissant que dans la violence, le jeune homme n’a pas de projet stable. En échec scolaire, il sombre très vite dans les petits larcins. Sans but bien défini, Ladji pense alors qu’il va sans doute bâtir sa vie de cette façon.
Les gosses issus de la rue n’apprennent pas les valeurs que l’on peut inculquer ailleurs. Les codes sur le bitume et dans les blocs sont différents. C’est la loi du plus fort contre le plus faible, de l’oppresseur contre l’opprimé. C’est la loi des bandes et des petits caïds qui n’existent et ne subsistent que par le régime de terreur qu’ils font subir aux gens du quartier. Il suffit alors d’un simple regard pour qu’il soit pris pour un signe de provocation. Tout peut alors basculer très vite. Pour tous ces jeunes désœuvrés, la brutalité est une forme de langage, un moyen de se sentir reconnu, tout simplement. Là où le chômage des jeunes atteint 23 % sur l’ensemble du territoire, en banlieue, il est de 40 %. Se sentant abandonnés par les Pouvoirs Publics, les perspectives d’un avenir réussi sont rejetées sur les murs lézardés des cités.
En 1996, Ladji agresse son professeur de basket. Durant un entraînement, la remontrance faite à son encontre est le déclenchement de coups portés à la tête d’une extrême violence. Déchaîné, le jeune homme alors âgé de seize ans le frappe sans s’arrêter. Sérieusement tuméfié au visage, l’homme aura un arrêt de travail de plusieurs semaines.
Quelques jours plus tard, les parents de Ladji, hospitalisés suite à un grave accident de voiture, vont trouver un signe du destin extraordinaire. C’est le voisin de chambre qui sera à l’origine d’un renouveau. En pleine discussion, celui-ci leur propose de leur faire rencontrer le père Joseph.
La conversation avec l’homme d’église sera déterminante pour le jeune Ladji. Le prêtre propose d’emmener en colonies de vacances à Lourdes le jeune garçon ainsi que ses frères et ses sœurs. Heureux de partir et de quitter la région parisienne, les jeunes Diallo vont vivre une aventure extraordinaire loin des blocs de la cité mais c’est Ladji qui aura le bénéfice de ces vacances un peu particulières.
Le premier jour, en voyant ses camarades entrer dans une chapelle et en ressortir une demi-heure plus tard, le sourire aux lèvres, empreint d’une grande sérénité, Ladji se dit en verlan, c’est «chelou». Le lendemain, il assiste à la même scène, des jeunes qui rentrent dans le lieu saint et qui en ressortent heureux. Intrigués pendant plusieurs jours, il s’interroge et finit par y pénétrer à son tour après le départ de ses camarades. Devant l’autel, Ladji se laisse aller. Sans qu’il en comprenne le sens, une émotion l’envahit. Là-bas, dans la banlieue, cette curieuse impression, on ne la montre pas. Considéré comme un signe de faiblesse, ce sentiment est érigé au visage de la honte et du mépris. Pourtant, il ne peut l’ignorer et la fuir, elle est là qui l’envahit sans qu’il ne l’explique. La carapace fabriquée jusqu’alors durant toutes ces années, est en train de s’effriter. Les larmes qu’il avait toujours contenues, se mettent à couler. Ladji pleure. L’émotion est à son paroxysme. Est-ce de cette façon que Dieu se révèle à lui ? Ladji en est certain. Sans tenir le moindre rôle, le jeune homme reste juste lui-même, un être qui comme tout le monde éprouve des sentiments.
De retour en région parisienne, Ladji parle de cette expérience spirituelle à ses parents. Dans un premier temps, ce rapprochement vers le catholicisme les rend très malheureux. Le père ressent un échec dans cette éducation faite sous le signe du coran. Pourtant, Ladji éprouve juste le besoin de rentrer dans une église ou sa chambre pour se recueillir. Et comme dans la chapelle à Lourdes, il se sent étrangement bien. Une sérénité que les blocs de la cité n’ont jamais été en mesure de lui donner.
Il parle à un prêtre de sa reconversion au catholicisme. Celui-ci lui suggère d’attendre et de revenir.
En échec scolaire depuis plusieurs années, Ladji décide de reprendre ses études. Il passe son bac et s’inscrit à l’université de théâtre.
Avec le temps, ses parents finissent par accepter les choix de leur fils en le voyant devenir quelqu’un de bien.
Devenu conteur et comédien, Ladji s’est marié avec une jeune fille de Lourdes et a deux enfants. La valeur qu’il leur inculque : le respect des autres.
Si Ladji a réussi à se construire et à trouver la sérénité, il souhaiterait par la suite entreprendre cette démarche pour demander pardon à son professeur de basket et continuer chaque jour à devenir meilleur.
Reportage KTO TV : Ladji, musulman converti au christianisme