23/02/2012

Vers la boucherie-chirurgie

Autrefois, dans le village, on se retrouvait souvent au café du Bon coin. Puis, progressivement, les commerces ont disparu, et, à la fin, le café aussi. Depuis plusieurs années, le boucher de la bourgade voisine fait sa tournée en camion et deux fois par semaine vient nous ravitailler en viande fraîche. Il se gare sur la place de la mairie, klaxonne longuement, puis ouvre l’auvent de sa camionnette et se met à l’ouvrage.

La venue du boucher, c’est un événement. On se bouscule, on se presse, pour acheter de la viande mais surtout pour se retrouver, pour palabrer, pour parler fort, pour chahuter un peu, à l’occasion. Oui, la venue du boucher, c’est la fête.

La fête pour nous, mais pas pour lui.

Il a beau être un roi du couteau, un as de la côtelette, un Mozart du bifteck, il n’empêche que ses ventes s’érodent très régulièrement, de façon inversement proportionnelle au coût du carburant nécessaire pour sa tournée. Coincé entre le marteau et l’enclume, notre boucher a le blues et se demande bien comment il
va faire pour prolonger sa mission qui pour mercantile qu’elle soit ne s’en approche pas moins d’un service public.

Ce jeudi, regroupés au pied du camion, nous nous sommes livrés à notre jeu favori : commenter l’actualité. Pas besoin de chercher bien loin pour s’étonner de notre monde extraordinaire. Ainsi, une adjointe au maire de Dijon a découvert une recette miracle pour répondre au dramatique phénomène des déserts médicaux. La solution ? Faire appel aux vétérinaires ! Mais voyons bien sûr, comment ne pas y avoir pensé plut tôt ? Dans les campagnes, les bêtes sont plus nombreuses que les hommes, et en toute logique les vétérinaires que les médecins. Im-pa-ra-ble. Et puis finalement, de la bête à l’homme, il n’y a qu’un pas : mettre bas ou accoucher, juste une question de vocabulaire.

L’œil brillant, notre boucher atrouvé une chute pour l’histoire. Un peu narquois, il nous a tenu le raisonnement suivant : si un vétérinaire qui soigne les bêtes peut désormais soigner les hommes, alors un boucher qui découpe la viande bovine peut tout aussi bien triturer la chair humaine. Vétérinaire-médecin ? Alors pourquoi pas
boucher-chirurgien ? A défaut de reprise économique, il s’agit là d’une prometteuse activité complémentaire.

Serge Delaisne. 16 décembre 2011

A propos Serge Delaisne

"Le mot n’est pas toujours et même pas souvent au rendez-vous de l’émotion : quand l’une vous pénètre, l’autre vous abandonne. Mais en s’y attelant, parfois, la rencontre advient. Cette coïncidence, toujours fragile et précaire, surprenante et merveilleuse, s’imprime en instants scripturaux. Alors j’avance vers vous à petits pas de bon heurt."

Commentaires

  1. Balaji a écrit:

    Quel biieotr utilise-tu ?D’après DxO Mark le VC est meilleur sur Canon 7D, par contre il est un peu moins bon sur Nikon D90

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