Un religieux d’une communauté catholique de Rodez, longtemps au dessus
tout soupçon dans sa tunique officielle, et silencieusement couvert par sa
hiérarchie, entre aujourd’hui au tribunal pour répondre de ses actes de
pédophilie à l’encontre d’une dizaine d’enfants (pour les autres, il est trop
tard, la prescription est passée par là). De sous l’uniforme, forcément
respectable puisqu’il s’agit justement d’un uniforme, surgissent des actes qui
viennent nous percuter au plus profond, au plus intime, au plus précieux de
notre inscription dans le temps des hommes et des générations qui les
perpétuent. Ça nous remue les tripes (au sens littéral), ça résonne dans nos
idées (au-delà du raisonnement), ça nous fait peur, une angoisse collective, une
psychose.
La justice des hommes va passer et châtiera en conséquence l’individu
concerné. Pour autant, parviendra-t-elle à apaiser un tant soit peu la peur que
les hommes ont de leurs prochains (dans l’espace de l’altérité plus que dans
celui du temps) ? Rien n’est moins sûr.
Dans le même temps, un vieux Brestois, certes un peu dérangé et, selon
les témoins, souvent vêtu de manière négligée (donc suspecte ?), intriguait les
parents de bonne foi depuis qu’il tournait autour de l’école maternelle de leurs
enfants. Quand le vieux en question a été vu avec une fillette égarée qu’il
ramenait sur le chemin de l’école en la tenant par la main, les parents effrayés
et apeurés ont prévenu la police. Lorsque cette dernière a interpellé le vieux
en question, dans sa tenue négligée qui rendait le voisinage soupçonneux et
méfiant, il est mort de peur. Pas mort de peur comme quand on a la trouille.
Non, il est mort, et la cause du décès est la peur, il est mort de peur.
La psychose creuse son sillon dans notre joli monde. Là où il est devenu
commun d’être mort de rire (un « mdr » complété le plus souvent d’un deux points
/ tiret du six / parenthèse fermée), on peut désormais tout au aussi banalement
être « mdp ». Gageons que la parenthèse du smiley sera cette fois
ouverte.