23/02/2012

Staff Benda Bilili

La musique africaine bénéficie d’une attention particulière, y compris chez les mélomanes les plus avertis. Ceux et celles qui l’ont, instrument en main, approchée, savent qu’elle ne résulte pas de l’application de normes de solfège, car elle réfute, à sa façon, la notion d’interprétation. Dans sa réalité, elle incite l’homme à se fondre dans un rythme, à suivre des pulsions, mais toujours dans un esprit de communion avec le leader. Le leader distribue les rôles, chacun s’intègre en conservant sa liberté, liant instantanément l’action à la perception. Les « grands moments » du Jazz en sont de parfaits exemples. La montée de l’intérêt pour les « arts primaires », entendez tout ce qui rapproche l’homme de la vraie nature, et de son besoin essentiel – exister, ou trouver le sens de la vie ? – a donné un élan particulier à l’intérêt pour ces musiques d’un autre genre. La musique africaine est-elle un trait d’union entre l’homme et le genre humain ?

Nous sommes au Congo, ex Zaïre, en bordure du jardin zoologique de Kinshasa. C’est en dehors des grilles qu’une curieuse population est rassemblée. Ceux qui pourraient passer pour des laissés pour compte suscitent un intérêt très particulier. Leur singularité est pourtant facteur d’exclusion; pauvres, souvent illettrés, handicapés, qu’ont-ils pour vivre ? Dans notre monde d’opulence, comment pouvons-nous tolérer non pas leur présence, mais leur existence ?

Car si parmi les plus pauvres se trouvent les « Cheges », les « handicapés » disposent d’un statut social particulier, car, aussi paradoxale que puisse paraître la situation, c’est à eux que le reste de la population doit l’un de ses moyens de locomotion.

Leurs instruments sont pour partie fabriqués à partir de rebuts de notre civilisation, des guitares surannées, une boîte de conserve, un manche de bois courbé, quelque fil d’acier, un microphone ayant servi à Jacques Brel. Il en serait certainement fier ! C’est toute leur hargne de vivre qui s’exprime à travers leur musique. Fine, vibrante, elle nous pénètre accompagnée d’un chant, celui du combat pour la vie, avec sa force, ses idéaux, sa croyance. J’invite ceux qui seraient tentés de penser que tout ceci ne sert à rien à découvrir leurs paroles. A l’heure d’internet, de Twitter et de Facebook, les moyens du Staff Benda Bilili pourraient paraître bien dérisoires. Mais, en écoutant leurs chants, vous comprendrez que c’est toute la voix de Kinshasa qu’ils répandent. « Benda Bilili » signifie « Regarde à travers les apparences », c’est une grande leçon d’humilité et d’humanité ! Et de l’écoute de leur album, « Très très Fort », que vous ne piraterez pas, respect oblige, vous sortirez, vous aussi, transformé. Des paraplégiques au cœur de la communication, pour le régal de nos oreilles et l’éveil de notre âme, c’est possible, à Kinshasa !

A propos The Roadrunner

"Je laisse ceux et celles qui m'auront connu remplir cette rubrique une fois que j'aurai disparu. Je vous rassure, j'ai tout mon temps !"

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